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merci pour ton superbe commentaire sur cette chanson des plus marquantes de dire straits. comme toi, sans comp
Par Anonyme, le 01.10.2025
l’interprét ation de joan baez arrive encore à magnifier cette magnifique chanson
Par Anonyme, le 18.06.2025
merci pour cette analyse tellement juste de notre génie poète.
ce fût un plaisir de vous lire
Par Anonyme, le 06.06.2025
merci pour cette traduction.
j'écoute très souvent cette chanson riche de ce message qui exprime la bêtise h
Par Anonyme, le 24.05.2025
je pense et même je le souhaite au plus profond de moi, qu'un jour une école de france pays initiateur des dro
Par Anonyme, le 02.10.2024
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Date de création : 08.07.2011
Dernière mise à jour :
29.01.2026
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Un peu de bleu dans le paysage
De Pierre Bergounioux
Editions Verdier
« À peine avait-on quitté par une échancrure le petit bassin ensoleillé où se passaient nos jours qu’on se sentait gagné par une inquiétude obscure, d’une oppression. Les parois ruisselantes auxquelles pendaient des haillons de mousse, se resserraient encore. L’eau écumait sur les rochers qui encombraient son lit et l’on était un moment à s’aviser que l’espèce d’accablement distinct qu’on ressentait tenait à ce qu’on avait aussi perdu le ciel, le remède qu’il procure aux tristesses de la terre. »
Un horticulteur chez qui j’acquière mes arbres fruitiers et avec lequel j’ai sympathisé entre deux explications de taillage de branches, m’a filé en douce, sous le manteau, ce petit livre jaune en me disant qu’il pensait que ça me plairait. C’est fou ce que nos goûts littéraires disent de nous. Après avoir discuté des auteurs et des livres que nous aimions il avait resserré l’étau et tapé dans le mille.
Ce livre donc, n’est pas un roman. Il ne cache pas sous son papier travaillé une obscure intrigue qui ne se dévoilera que lorsque vos yeux galoperont sur l’ultime ligne. Il ne contient pas non plus d’histoire, sauf celle d’un petit coin de France, un endroit presque jamais connu des autres habitants de l’hexagone, sauf quand ils découvrent que cette étendue encore enchevêtrée dans les limbes d’un passé, leur a donné un président du conseil et un autre de la république ainsi qu’une bonne palanquée de Compagnons de la Libération. La surprise grandit quand ils découvrent que cet endroit reculé, presque à l’abri des regards, se coulant dans le silence du vent, a engendré une formidable génération d’écrivains, de romanciers et de philosophes qui se prolonge encore de nos jours.
Donc ce livre n’a pas d’intrigue ni d’histoire. Il recèle en revanche des personnages. Trois. Le narrateur, le coin de pays dont il parle, le style poétique qui s’immisce partout. On ne perd pas au change.
Au fil des 105 pages et des huit chapitres qui composent cet ouvrage comme les couleurs et les formes composent un tableau de maître, l’auteur nous conte son enfance et sa jeunesse, dans un chassé-croisé avec le département, la Corrèze, la sienne tant il en parle avec le cœur ; avec le cœur mais un cœur orné d’une plume rare. Dans de tortueuses circonvolutions à peine moins contorsionnées que les routes de son fief, il nous entraîne à la fois, dans un savant maillage entremêlé, à une visite de ses souvenirs, des reliefs de sa mémoires et de ceux, plus dichotomiques, de la région qu’on appelle Corrèze.
Avec une pensée fine et aiguisée, parfois si aboutie qu’on doit relire une ou deux fois une tirade pour bien digérer l’idée, Pierre Bergounioux nous emmène en terre de poésie, parce que son cœur et son âme sont au diapason de sa terre, celle de son enfance, l’enfance, le pays merveilleux où tout se joue pour toujours. Oh, je perçois votre crainte chers lecteurs, vous vous dites que ça sent le bouquin dithyrambique à la gloire d’un pays. Non. L’auteur se montre brut de décoffrage et ne cache rien, montre tout, ne détourne pas l’attention. Mais sa façon de décrire, donne vie aux lieux et aux endroits, ces petits coins assoupis où somnole un passé qui rôde encore sur ces terres âpres et solitaires, toutes vertes ou rocailleuses, pentues ou en léger dévers. Un passé qui presque partout ailleurs est passé et bien passé. Ici, sous le regard et la plume de Bergounioux, il prend la pose, se laisse contempler, sous de multiples coutures et de si nombreux profils qu’on se demande de combien de visages il dispose. Là, sous les mots précis et jamais emportés dans une bousculade ou un trop-plein, ce passé, lié par le passage de tant de générations, se laisse aborder, tel un chien de garde silencieux. On y découvre une profondeur qu’on ne soupçonnait pas, une vitalité qui peut surprendre et une dimension quasi mystique. Au sujet du Plateau, l’auteur ne dit-il pas avec cette plume ébouriffante de justesse que Millevaches est le théâtre à demi-réel, à demi halluciné, où s’attarde le grand passé.
Tout y passe, les considérations personnelles tricotées dans l’Histoire, les souvenirs qui grimpent autour des mots comme le lierre sur le mur, des propos quasi philosophiques aussi limpides que l’eau glacée qui dégringole du Plateau, la description de l’arrivée du progrès, cette chose que le pays à tant rechigné à embrasser parce qu’il avait tant à perdre.
Tout y est. La beauté inexpugnable du style Bergounioux, l’érudition qui ruissèle sans jamais faire naître de complexe, le rythme, égal à celui des rivières qui transfusent ce drôle d‘endroit, et les mots, touchants, chacun à leur place, ciselés comme peu savent le faire, s’imbriquant à la perfection dans cet écrin littéraire.
Sous la plume de l’auteur, des corps allongés se relèvent, des visages reprennent vie, des vieux gestes presque fossilisés sont refaits, et notre cœur est frappé de réaliser que nous les avons croisés, il y a longtemps, qu’ils faisaient partie du tableau de notre enfance, et qu’ils méritent mieux que cet amas de poussière en guise de tombeau.
« Il porte, l’été, une chemise à carreaux élimée, déteinte mais propre, dûment pourvue de tous ses boutons, un pantalon bleu ou kaki, parfois des surplus militaires, dont le genou garde la trace ronde, indélébile, que la terre du jardin lui a imprimée, les « couics » en caoutchouc vert qu’on trouve, en vrac, pour dix francs, à l’éventaire du marchand ambulant dont le camion stationne, chaque mois, sur la place du bourg… »