pouvoir prix course sur roman vie monde soi voyage homme mode travail société nature texte pouvoir place
Rubriques
>> Toutes les rubriques <<
· Petites critiques littéraires (307)
· Les chansons sont aussi de l'écriture (13)
· INTERVIEWS D'AUTEURS ET ECRIVAINS (6)
· Peintures et mots enlacés (30)
· Classiques contemporains (16)
· Récit de dédicaces (17)
· Humeur d'auteur (15)
· Coups de coeur (8)
· Les mots du cinéma (13)
· Coups de sang ! (4)
merci pour ton superbe commentaire sur cette chanson des plus marquantes de dire straits. comme toi, sans comp
Par Anonyme, le 01.10.2025
l’interprét ation de joan baez arrive encore à magnifier cette magnifique chanson
Par Anonyme, le 18.06.2025
merci pour cette analyse tellement juste de notre génie poète.
ce fût un plaisir de vous lire
Par Anonyme, le 06.06.2025
merci pour cette traduction.
j'écoute très souvent cette chanson riche de ce message qui exprime la bêtise h
Par Anonyme, le 24.05.2025
je pense et même je le souhaite au plus profond de moi, qu'un jour une école de france pays initiateur des dro
Par Anonyme, le 02.10.2024
· Brothers in arms (Dire Straits)
· Mistral gagnant
· L'homme aux cercles bleus, de Fred Vargas
· Entretien avec Claude Michelet
· INSURRECTION, les maîtres d'Ecosse
· Légendes d'automne de Jim Harrison
· Des roses et des orties de Francis Cabrel
· Pierre Bachelet
· Il est libre Max de Hervé Cristiani
· Récit de dédicaces
· L'alchimiste
· Pensées pour nos Poilus
· La ligne verte, de Stephen King
· L'équipage, de Joseph Kessel
· "Les enfants des justes" de Christian Signol
Date de création : 08.07.2011
Dernière mise à jour :
16.01.2026
449 articles
Au ras des hommes
De Janis Otsiemi
Editions Les lettres Mouchetées
« Un quart d’heure plus tard, Koumba avait bordé son véhicule devant l’essencerie de Kosmo Parc. Il ne pouvait aller plus loin en voiture. La rue qui menait au carrefour Rio de Janeiro était barrée par plusieurs véhicules de police et de pompiers. Des dizaines de personnes y convergeaient au pas de course comme une trâlée d’abeilles. Cela n’étonna pas Koumba. Libreville était une vraie commère. La nouvelle avait dû faire le tour du patelin. Et chacun y allait sûrement de son commentaire. »
L’histoire. De nos jours, à Libreville, Gabon. En pleine heure de pointe, au cœur de la ville, un homme ouvre le feu dans la foule. Un carnage. La police pense à un fou ou un ancien militaire qui a fondu les plombs. Mais quelques jours plus tard, une autre tuerie éclate sur le même mode d’action. Est-ce une épidémie ? Le capitaine Koumba et son adjoint Owoula sont chargés de résoudre ces affaires et de faire cesser les fusillades.
Janis Otsiemi n’est pas un inconnu des lectrices et lecteurs français. Il fut un temps publié aux excellentes éditions Jigal disparues après le covid et reçut le prix Dora Suarez pour son roman noir Les voleurs de sexe. L’écriture de Janis Otsiemi est vivante. Je ne trouve pas d’adjectif mieux indiqué pour la qualifier. Elle est animée par une nervosité, une vie, qui correspondent à l’idée qu’on se fait de la frénésie d’une ville comme Libreville (mais cette idée est peut-être fausse, je ne suis jamais allé à Libreville).
Ce qui n’ôte rien à l’écriture, incarnée, en mouvement, imbriquée dans un équilibre entre le monde urbain et la Nature qui l’encercle. Avec le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, nous sommes loin des standards du duo d’enquêteurs, et c’est tant mieux. Deux jeunes hommes, pleins de vie, avec des zones grises et un certain sens de la justice. On sent leur proximité dans les dialogues qui sont une des réussites de ce court roman noir hybridé au policier. Ces deux genres sont toujours intimement liés.
Mais l’histoire racontée avec énergie n’est pas simplement là pour divertir. C’est un texte de combat, qui peint le Gabon, Libreville (et c’est un sacré voyage), la société de ce pays, de cette capitale, malmène une hiérarchie policière très politisée.
« Une demi-heure plus tard, les deux flics avaient échoué sur le parking désert du stade Omnisports Omar Bongo dans le troisième arrondissement de Libreville. Démoli pour être reconstruit afin d’accueillir la Coupe des nations de football en 2017, ce stade était à l’abandon. Il symbolisait à lui seul l’incapacité d’Ali Bongo à finir les chantiers, les fameux « éléphants blancs », qu’il avait initiés depuis son élection contestée en 2009. »
Littérature de combat, comme souvent dans le genre Noir. Critique, sans concession, ce qui vaut d’ailleurs quelques tracasseries à l’auteur (qui vit là-bas) de la part du pouvoir.
Au ras des hommes est une vive explosion, soudaine et violente, incandescente, mais éphémère. 142 pages. Le temps de sentir la chaleur sur notre visage, intense. Ce qui est à l’image du rythme du récit, de l’énergie féconde des personnages, de la ville. On sent, au travers des lignes, cette atmosphère particulière, agitation, indolence passagère, hyperactivité fugace mais répétée, traditions, coudoiement des tribus, croyances diverses, population très jeune. Et dans une ancienne colonie, le passé n’est jamais très loin, ses stigmates stagnent dans le temps suspendu.
Et puis, tout en dévorant cette enquête tirée comme une flèche véloce, on tombe sur la cerise qui trône au sommet du gâteau : la langue. En lisant Janis Otsiemi, j’ai constaté à quel point la francophonie était vivante, inventive, géniale. On n’imagine pas ce que notre langue doit aux autres pays qui la parlent, de quelle façon elle se régénère, se réinvente, ressuscite d’anciens mots qui luisent de nouvelles couleurs, c’est un feu d’artifice. Florilège :
Dégrainer, garder sa bouche pour soi, il renfouilla son téléphone, il avait bordé son véhicule devant l’essencerie, convergeait comme une trâlée d’abeille (celle-ci je vais lui piquer !), ne pas avoir le slip sur sa bouche, une tasse de café bien chicotée, tendre l’os (serrer la main), il perdit son foulassi (perdre son latin), un bobino (un bar), faire de quelqu’un son « allo » (en faire son indic), un pinteur (un buveur), faire l’avion (se dépêcher), je partage ta bouche (je suis de ton avis), une assiette de questions, une bonamie, kokokoter à la porte, prendre grain (se faire tuer par balle), servir de boussolier, secouer les calebasses.
Je me suis régalé en lisant ce roman énervé et riche. Koumba et Owoula sont bien attachants, un peu ripoux, pugnaces, un peu sans illusions sur leur pays, ils naviguent et s’attachent à jouir de la vie tout en faisant bien leur travail d’enquêteurs malgré une hiérarchie plus préoccupée par sa carrière que par le devenir de la population qu’elle est censée protéger.
Bon voyage à Libreville. Soyez néanmoins prudents.