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merci pour ton superbe commentaire sur cette chanson des plus marquantes de dire straits. comme toi, sans comp
Par Anonyme, le 01.10.2025
l’interprét ation de joan baez arrive encore à magnifier cette magnifique chanson
Par Anonyme, le 18.06.2025
merci pour cette analyse tellement juste de notre génie poète.
ce fût un plaisir de vous lire
Par Anonyme, le 06.06.2025
merci pour cette traduction.
j'écoute très souvent cette chanson riche de ce message qui exprime la bêtise h
Par Anonyme, le 24.05.2025
je pense et même je le souhaite au plus profond de moi, qu'un jour une école de france pays initiateur des dro
Par Anonyme, le 02.10.2024
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Date de création : 08.07.2011
Dernière mise à jour :
29.01.2026
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La grande horreur
A l’aube du premier jour de la bataille, les soldats massés autour de la zone stratégique étaient très loin de se douter que la guerre qu’ils menaient, allait encore se répandre longtemps dans leurs vies. S’ils l’avaient su, ils se seraient certainement laissé tomber, le visage dans la terre de France, exsangues et désespérés.
D’abord ce fut un long silence qui enveloppa la région, comme un courant d’air glacial congelant le monde et annonçant l’enfer. Puis les poilus entendirent les canons de toutes tailles bafouiller, postillonner leurs obus mortels. Soudain, le sol se souleva en convulsions épileptiques, projetant des tonnes de terre et de pierres, ensevelissant les hommes, leurs espoirs et même leurs peurs. Un tonnerre assourdissant hurlait sa fureur aux oreilles sifflantes des hommes tapis dans les boyaux du sol. La terre tremblait, elle frémissait de ses frissons remplis de ces impressions de fin du monde, et sous la fumée épaisse et sombre qui galopait partout, le ciel, ultime preuve pour les combattants qu’ils ne se trouvaient pas encore en enfer, avait disparu. Les champs, les bois, les prairies, les hameaux, tout était charcuté par l’acier tombé du ciel. La poudre calcinait tout, le vivant, le végétal et même le minéral.
C’était comme si la proue du Titanic entaillait les alentours dans le sillon d’une charrue gigantesque, une blessure béante vomissant la peur, la souffrance ultime et exsudant des relents de chairs carbonisées. Dans sa folie meurtrière, l’humanité était en train de se taillader les veines à Verdun, sur la Somme, au chemin des dames, en Argonne.
Au pire de la bataille, l’artillerie ne prenait plus de repos, les vagues d’assaut se succédaient. Les soldats luttaient tandis que d’autres devenaient fous, les mains plaquées sur les oreilles, les yeux exorbités, la bouche déformée. Dans l’œil du cyclone, les hommes, effrayés par le déluge de métal déchirant les entrailles de la terre nourricière, se retrouvaient relégués au rang de bêtes apeurées. De la simple chair à canon, envoyée au cimetière par les grands bouchers 4 ou 5 étoiles. Une masse humaine contrainte à un sacrifice dont la plupart des soldats ne voyaient plus la moindre utilité. Alors que sous leurs pieds, le sol, retourné pour la centième fois, exhumait des morceaux humains, os, crânes, casques déformés, lambeaux de cuir, bottes éventrées, fusils brisés, dernières preuves de la folie des hommes, c’est au son du sifflet qu’ils montaient, les tripes vitrifiées par l’effroi, sur le talus de la tranchée.
Ce Golgotha militaire, d’où ils s’élançaient, les mâchoires serrées, vers l’ennemi qui s’apprêtait à les ajuster dans le guidon de ses armes. S’extraire de la tranchée protectrice, pour s’offrir à l’allemand, et espérer passer entre les balles qui perçaient l’air de leur pointe mortelle. La roulette russe à une échelle encore jamais vue. Car refuser de s’exposer au hasard des armes, c’était se condamner au poteau d’exécution fratricide. Alors, le cœur tambourinant comme jamais auparavant, les muscles durcis par la trouille ultime, celle de tout perdre et de ne jamais revoir les siens, de dire adieu au parfum du foin sous le soleil d’août, au goût unique du vin frais après une journée de labeur, ils y allaient tous, vaillants et braves, si jeunes et déjà si éprouvés.
Là, dans ces heures interminables, sous le joug des semaines et des mois d’enfer, ils se retrouvaient dans leur seule richesse, la fraternité des frères d’armes. La fraternité, c’est bien la seule chose qui survit sur un champ de bataille. Elle ne craint ni les balles ni les obus, ni même les gaz. Parce qu’elle est en eux, immatérielle et immanente. Terriblement humaine et pourtant immortelle. Dans les températures négatives effroyables, quand l’hiver de l’Est referma ses dents aiguisées sur la peau des soldats, pas un ne savait par quel miracle il allait tenir bon. Survivre à l’ennemi était déjà un exploit, cette boucherie que les grands chefs ont baptisée « stratégie militaire ». Mais échapper aux maladies, à la dépression, à l’hiver impitoyable, aux mauvais traitements, ça, ils ne voyaient pas comment s’y soustraire.
Il y a l’armée immense des morts. Mais il y a aussi les blessés, les mutilés, innombrables. De toutes nations, dans toutes les langues. Les gueules cassées, condamnées à une hideuse grimace en guise de sourire. Il y a les amputés, survivants mais voués à rester en marge de la société, à cause d’une jambe en moins, ou d’un bras. Et puis les autres, ceux qui sont rentrés entiers, mais vides en dedans. Souffrant du mal invisible, qu’on était encore loin d’appeler choc post-traumatique. Abandonnés entre les mains griffues de la responsabilité d’être celui qui a survécu, tenaillé par l’angoisse du silence où chuchotent tous les morts. Ces hommes qui sont rentrés au pays, fantômes blafards hantés par les visages de ceux qui sont restés là-bas, aux portes de l’enfer sur Terre. Ils sont les proies des cauchemars destructeurs et entendent chaque nuit, les cris, les pleurs, les supplications, les prières.
Mais aucun mot, si juste soit-il, ne pourra rendre compte de la réalité de ce qu’ont enduré ces hommes jetés dans la fournaise de la guerre. Rien ne pourra nous faire mesurer la beauté de ce qu’ils ont perdu. Rien ne fera apparaître devant nos yeux le précieux trésor gâché par cette horreur. Rien ne nous permettra d’imaginer la dernière pensée trempée de larmes de ceux qui sont tombés.
Mais nous pouvons ne pas oublier, car ce serait la plus grande insulte à cette génération sacrifiée. Le 11 novembre dernier, avec ma famille, j’étais comme chaque année à la commémoration de notre village, à Saint-Jal. Et l’atroce litanie nécessaire des morts pour la France était pour chaque nom, une écorchure à mon cœur. Nous leur devons bien ça, une fois l’an, de souffrir un peu en pensant à eux. Et peut-être que nous pouvons, l’espace d’un instant, comme une magie fugace, les faire revivre en les imaginant dans leurs familles, heureux et apaisés, ou encore au travail des champs ou des usines, satisfaits par le plaisir du travail bien fait. Ranimons leurs visages, dessinons-leur des sourires, avec des plis au coin des yeux, autour d’une table, d’un terrain de sport, d’une étable.
Oui, faisons cela, par respect, par gratitude, par amour.
Quatre années de combats horribles. Comme tu le décris si bien, interdiction de reculer, obligation d'avancer vers la mort. Mon truc à moi, pour les faire revivre, c'est de relever leurs noms sur les monuments aux morts, et d'aller chercher leur certificat de décès sur le site "Mémoires des hommes". Rédigés par les sergents majors, d'une belle écriture qui nous ramène à l'époque des pleins et des déliés, leurs courtes vies remontent à la surface de la mémoire collective. J'ai en mémoire quatre noms: Semblat. Ils étaient de Concèze. Trois fils et un père...http://christianlaine.centerblog.net
Tu as très bien résumé toute la violence de Verdun, et d'une manière plus générale celle de ce premier conflit mondial, unique dans l'histoire de l'humanité, si je peux me permettre d'utiliser ici ce mot vide de sens... Tu n'as rien oublié, des disparus aux gueules cassées, des fusillés aux oubliés.Mais il faut penser que cela doit plaire aux hommes, du moins ceux qui les gouvernent, car se profilent dans notre société contemporaine des jours bien sombres, portés par la folie d'une poignée de dirigeants à la verve hypnotique.
Merci, pour ce témoignage, j'ai un grand père qui a fait Verdun, dur et taciturne, peu de paroles ."Bien sûr que je n'étais pas née, Mais j'avais un vieux à Verdun......(cf M Sardou)..hommage.."Pour ceux qui sont revenusVerdun n'est pas loin
C'est un champ brûlé tout petit
Entre Monfaucon et Charny
C'est à côté"
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Ne pas oublier, bien-sûr. Mais aussi transmettre aux nouvelles générations, et SURTOUT, NE PLUS REVIVRE CET ENFER!...et pourtant, ailleurs les bombes tombent, blessent, massacrent, tuent, traumatisent devant des yeux d'enfants, des yeux innocents, devant lesquels, on ne peut pas expliquer l'inexplicable. Honte de souiller cette terre qui pouvait tout nous offrir...
Sandrine, bien moins poète sur ce coup, là!
http://sandrineartiste.centerblog.net
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