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Dalva de Jim Harrison

Publié le 26/07/2014 à 20:48 par sebastienvidal Tags : vie monde homme chez amour roman fond femme histoire musique dieu nature enfant livre oiseaux livres pensées coeurs lecture
Dalva   de Jim Harrison

Dalva

De Jim Harrison

Jim harrison est un géant. Quand on a lu Dalva on en est convaincu. Publié en 1987 ce roman orne les étagères des librairies en poche chez 10/18.

Jim Harrison n'a certainement pas d'égal pour mettre en musique les grands espaces, les vies des gens simples et le monde indien. Son écriture large et puissante vous emporte, elle vous balaye aussi facilement que ces vents insoumis qui parcourent les grandes plaines américaines.

Il y a dans les romans de Jim Harrison quelque-chose d'intangible, d'imperceptible mais qui change tout. Il nous enmène dans des lieux sublimes, en parle comme personne d'autre sur cette terre, il sonde et explore les esprits de ses personnages sans aucune aménité et arrive au final à un résultat qui dépasse de beaucoup les petites vies qu'il a décrit.

Quel est le sujet ?

L'auteur nous brosse l'histoire de Dalva. C'est une femme de 45 ans qui a du sang sioux qui coule dans ses veines. Sa famille descend tout droit des colons qui ont envahi ce continent américain bien avant la révolution française. Mais Dalva est un peu perdue. Elle sent qu'elle doit remettre sa vie à l'endroit, retrouver l'allant et l'envie, se reconnecter avec la terre de ses ancêtres. Pour parvenir à ses fins elle revient s'installer dans le ranch familial. Son arrière grand-père était un homme de foi qui avait exploré de nouvelles terres, avait appris à connaître les indiens et en particulier les Sioux. Il était devenu, au cours de ses pérégrinations immensément riche. Mais son parcours cahotique et torturé a enseveli tout au fond de l'âme et de la mémoire de la famille des secrets inavouables. Dalva va s'attaquer de front aux deux problèmes principaux qui la rongent. Elle veut retrouver son fils, son fils qu'elle fut contrainte d'abandonner lorsqu'elle n'était encore une femme en devenir. Dans la maison de son aieul, se trouvent dans deux coffres le journal que tenait Northridge son arrière grand-père. Il a consigné méthodiquement ses pensées, sa vie, son quotidien d'homme au milieu des indiens, ses tracas, ses espérances. Il y a aussi inscrit ses colères, ses haines, sa peine d'être le témoin de la lente disparition programmée des Sioux et des autres tribus autochtones.

Dalva a chargé son amant Michael, un professeur universitaire un tantinet porté sur la boisson de lire cette somme d'écrits et d'en tirer un livre qui mettrait en lumière ce passé douloureux.

A partir de là Jim Harrison va jongler avec une grande habileté avec ces trois personnages. Dalva, Michael, Northridge. A tour de rôle ils vont s'exprimer à la première personne, Dalva et Michael directement et Northridge par le biais des extraits nombreux et passionnants de son journal. Nous allons donc naviguer entre les pensées de Dalva et Michael et l'écriture historique de Northridge. Quand je pense que cet homme a cotoyé Crazy Horse et tant de grands chefs indiens ! Ses pages fabuleuses viennent rythmer ce roman immense à la portée colossale. Par sa plume superbe mais sans concessions, parfois ironique, l'auteur oblige l'Amérique fière et un peu arrogante à se regarder bien en face. Je gage que ce qu'elle y voit ne lui plait pas beaucoup. Comme le dit Jim Harrison au sujet des indiens "Ils sont le grand cadavre dans le placard de l'Amérique". J'aime beaucoup l'idée que ce soit un blanc américain bon teint qui mette ce pays devant la réalité historique et non celle des livres d'histoire, ce qui fait une différence. Il rappelle sans ambages aux américains gendarmes du monde que leur pays s'est construit sur le vol de terres indiennes, la spoliation de tout leurs biens et pour finir, sur le génocide de leur civilisation.

Le procédé de nous faire découvrir Northridge par son journal est d'une rare habileté. Par le fait nous avons la sensation de lire les mémoires d'un témoin direct des évènements.

Certaines pages du journal de Northridge sont d'une clairvoyance hallucinante, d'une infinie tristesse aussi. Je me suis surpris à éprouver une violente colère envers ces hommes gorgés de mépris, ces politiciens cupides, ces colons non moins intéressés qui ont décidé à la place de ceux qui étaient là depuis des millénaires. Quel mépris, quel arrogance de la part de ces gens qui se croyaient supérieurs à ces "sauvages" et qui oubliaient bien vite qu'ils avaient tous échoué dans leur pays d'origine.

En lisant ce journal nous comprenons que les indiens possèdent un instinct territorial mais aucune vélléité de propriété. Ce qui peut nous paraître une incohérence est en réalité un truisme fondateur.

La quête de rédemption de Dalva qui a un quart de sang sioux vient se mettre en relief du journal. Ses turpitudes, ses regrets, son histoire d'amour avec le père de son enfant, tout cela est impressionnant de maîtrise et de présentation.

Lors de la lecture de ce magnifique roman, je n'ai cessé de prendre des notes tellement j'étais subjugué par la beauté sauvage de certaines pages. A certains moments j'avais l'impression que toute la souffrance du peuple indien s'écoulait par la plume de Jim Harrison. Comme ces quelques phrases au milieu de la page 61 : " Nous ne sommes plus ce peuple (américain) qui aurait pu prendre des décisions cruciales. Nous sommes devenus un peuple complètement différent, un autre pays. Ce que tu appelles l'histoire évite tout réel souci des gens. Le fond du problème, c'est cette mythologie qui nous a permis de conquérir les populations autochtones - en fait plus d'une centaine de petites civilisations - et puis leur forger un destin d'humiliation, de honte et de défaites quotidiennes; par-dessus le marché nous pouvons avoir la conscience tranquille, car n'est-ce pas, ce sont tous des poivrots d'Indiens."

En plus d'aborder des sujets importants, l'auteur maîtrise le sens de la formule. Comme celle-ci que je suis bien fâché de ne pas avoir trouvé : Quitte à choquer certains, je ne peux pas croire que dieu a créé l'histoire dans le seul but de tenir le compte de la souffrance humaine.

Je ne m'en suis pas encore remis de celle-là !!!

Il peut aussi nous présenter une écriture ironique qui fait mouche : Si les nazis avaient gagné la guerre, l'holocauste aurait été mis en musique, tout comme notre cheminement victorieux et sanglant vers l'Ouest est accompagné au cinéma par mille violons et timballes.

Plus que le contempteur de l'Amérique conquérante Jim Harrison est l'écrivain de la terre, de la nature et de la beauté. Son livre est sans cesse jalonné de phrases d'une indicible grâce : Après une journée froide et venteuse, les constellations nocturnes semblent descendre si près de la terre que la peur me saisit.

Mais sous la grosse moustache de l'auteur peuvent jaillir des instants qui nous émeuvent aux larmes : Mon bras l'a enlacée et nous sommes longtemps restés allongés là en silence à regarder les rais de soleil qui traversaient le feuillage vert pâle des arbres et mouchetaient le sol. Midi approchait, tous les oiseaux de la terre s'étaient tus et notre musique était celle de nos coeurs et de nos souffles.

Au delà du niveau littéraire Harrison nous explique que rien n'est écrit d'avance. Sus au déterminisme. Les rencontres et les évènements nous façonnent aussi sûrement que le torrent du Colorado sculpte la roche des montagnes rocheuses. Mais au final, nous sommes seul maître à bord, c'est nous qui avons le dernier mot, le libre arbitre. Harrison nous montre que nos actes supplantent tout le reste et qu'ils sont l'ADN de ce que l'on est vraiment.

Deux choses : quand vous aurez commencé ce livre vous ne pourrez pas vous arrêter. Quand vous l'aurez terminé vous ne serez plus jamais pareil.