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pèle mèle

Le délicieux parfum du stade

Publié le 01/02/2015 à 13:09 par sebastienvidal Tags : monde homme mer fond coeur belle histoire annonce dieu amitié carte hiver voiture sport paysage coeurs danse bonsoir patrimoine rouge
Le délicieux parfum du stade

Le délicieux parfum du stade

 

Tandis que je dévale de mon plateau, que ma voiture sautille de virages en lignes droites, mon esprit est déjà tout entier tourné vers le point de rencontre, vers ce lieu unique où les coeurs vibrent et où les joies les plus indicibles explosent, le stadium de Brive. Ce soir c'est jour de match, ce soir c'est la fête, ce soir c'est l'espoir qui flamboie. Dans notre petit département si moqué, dans notre endroit douillet et un peu isolé, nous avons l'immense bonheur de posséder un club qui évolue dans le meilleur championnat de rugby du monde. Rien que ça.

 

Les places sont chères, il n'y a que quatorze élus, quatorze villes qui portent en leur sein les battements de coeur d'un ballon ovale. Mis à part deux accidents de parcours, le CAB a toujours été dans l'élite, il fait partie du paysage, de la culture, de l'ADN du département. Ce club a fait naître d'immenses espoirs en participant à plusieurs finales dans les années 60 et 70 et a rendu tous les corréziens fiers de l'être en 97 avec le titre de champion d'Europe, conquit avec une classe éclatante et une grâce qui avaient ébloui toute la planète rugby. Ce soir donc, des milliers de supporters et supportrices ont commencé à converger vers l'antre du club, l'endroit où "ça se passe".

 

Des trombes d'eau dégringolent d'un ciel noir comme le fond d'une mine. Alors que je suis tout proche de l'épicentre la circulation se fait plus dense. Le paysage mouillé se reflète partout en surfant sur les lumières de la ville. C'est comme si des miroirs avaient surgi de partout. Je cherche une place pour me garer et des colonnes hétéroclites de personnes s'acheminent vers les entrées du stadium Amédée Doménech. Le déluge n'est plus qu'une bruine informe et vaporeuse, arrière garde discrète d'une averse qui s'en est allée plus loin. En passant à côté de la policière municipale qui bloque l'avenue qui se déroule devant l'entrée principale, j'éprouve un peu de compassion devant sa tenue trempée et ses cheveux mouillés. Les gens passent à côté d'elle sans la voir, elle fait partie du décor, releguée au simple rang de mobilier urbain, même pas de chose vivante. Je lui dis bonsoir et elle me répond un peu surprise.

 

Dans le chaudron illuminé la voix du speaker tonne déjà, elle bat le rappel des troupes, elle appelle l'ambiance, elle hèle les bonnes volontés, les implore de venir au plus vite s'installer dans les gradins, elle défie ces milliers de voix de sortir de leurs gorges et de se mêler en un tourbillon assourdissant.

Je passe au contrôle et tend mon abonnement. Un flash rouge scanne ma carte et on me laisse passer en me souhaitant un bon match.

 

Ca y est, j'y suis, à chaque fois ça me fait le même effet. Mon coeur accélère, mes yeux virevoltent, je ne sais où regarder. Les attroupements qui affluent et refluent autour des buvettes, les groupes qui se forment et se disloquent, ces gens qui portent des couleurs différentes mais partagent une passion et des valeurs communes. Je jette un oeil sur le pré, les champions s'échauffent et répètent leurs gammes. J'aime ce moment, cette période du dernier quart d'heure au cours de laquelle la foule emplie le stade, où la structure gronde des retrouvailles et vibre d'un espoir fou, celui de la victoire. Partout les gens se retrouvent, on s'embrasse, des pognes se serrent, des accolades fleurissent et des rencontrent surviennent. Chacun s'installe, chacun inaugure un nouveau chapitre qui n'est pas encore écrit mais se trouve déjà dans toutes les têtes.

 

 

Ce soir encore nous seront plus de dix mille, de ma place en Sud je contemple la tribune Pébeyre qui me parait gigantesque, paquebot comme couché sur le flanc, posé là pour l'éternité. En face, la tribune Europe ne tient pas la comparaison mais conserve un avantage immense, elle porte en elle les vestiaires des joueurs, elle abrite ceux qui font battre nos coeurs. Dans quelques instants elle s'ouvrira comme la mer rouge et trente jeunes hommes jailliront pour donner le meilleur d'eux-mêmes, pour eux et pour les copains, et aussi pour nous. Je peux déjà sentir ce lien, cette force invisible qui passe en chacun de nous et s'immisce jusque dans les vestaires pour atteindre ce qu'il y a de meilleur au fond de ces trentes rugbymen.

 

 

Ce soir est un soir spécial, nous avons appris que Olivier Caisso, un des joueurs du CAB auquel nous sommes particulièrement attachés ne fera pas partie de l'aventure 2015/2016, et un autre, Pat Barnard est contraint de stopper sa très belle carrière par une blessure funeste. Dans cette tribune Sud qui tangue d'impatience, quelques volontaires distribuent des affiches de soutien à ces deux brivistes que nous aimons tant. Un peu comme au marché noir, les affiches circulent sous le manteau, elles gravissent les gradins, passent de mains en mains. En elles et sur elles il y a un peu de notre peine et aussi beaucoup de gratitude pour Olivier et Pat.

 

Dans quelques secondes, quand le stade explosera à l'entrée des champions nous brandiront comme un seul homme nos pancartes pour dire au monde entier combien nos coeurs sont tristes et que nous n'oublions jamais ceux qui ont porté nos couleurs. C'est bien la moindre des choses quand on a vécu ensemble tant de moments si forts et si émouvants, des instants qui se sont implantés dans notre histoire commune, notre patrimoine partagé.

 

Ca y est, les rideaux du couloir de sortie des vestiaires frémissent, les gladiateurs vont surgir. Le stade devient une ruche, il tremble et vibre, il respire fort et souffle son espoir. Nous autre en Sud, comme à chaque fois nous martelons des pieds en cadence le plancher de bois qui hurle son grondement sourd et puissant. Nos pieds appellent les champions, nos pieds chantent notre impatience. Le grondement de volcan vient du Sud mais il galope dans tout le stade, tourne dans les tribunes qui s'agitent de centaines de drapeaux et de milliers de bras, de milliers de mains qui s'impactent dans un seul et magnifique mouvement. Gaillard Man notre super héros en Sud s'agite et s'époumonne, il annonce la couleur, noire et blanche bien sûr !

 

 

Arnaud Méla, notre légendaire capitaine transperce le rideau et foule l'herbe de sa foulée de géant, il est suivi par sa cohorte, nous nous levons tous et arborons nos messages de soutien en hurlant notre plaisir. C'est un instant très important qui nous libère et charge nos joueurs d'énergie. Cette entrée les galvanise nous le savons, le ressentons, alors nous en remettons un couche et pensons à Olivier et Pat.

Je chavire déjà, nous n'avons tous qu'un seul dieu, il est ovale et fait de cuir.

 

Les 80 minutes qui suivent ne se racontent pas, elles se vivent.

 

80 minutes de stress, de cris et de peur, une heure et vingt minutes de joie et d'envolées sublimes, de bonheurs puissants et d'accolades magnifiques, de poings serrés et d'explosions de plaisir. Une parenthèse durant laquelle nous sommes tous branchés les uns aux autres, en tribunes et sur le pré.

Ce soir nos valeureux zèbres ont vaincu. Grenoble s'en retourne en Isère battu et certainement frustré. 23 à 0 c'est dur, surtout quand on a réalisé une belle première mi-temps. C'est la loi du sport, il faut l'accepter, c'est plus aisé quand on est dans le camp des vainqueurs.

Ancien briviste et Grenoblois depuis deux saisons Julien Caminati accompagne les zèbres dans leur tour d'honneur, beaucoup d'images doivent renaître en lui. C'est aussi ça le rugby.

Il nous reste à aller féliciter les champions sur le pré, les supers hommes et nous les simples mortels réunis dans la reconnaissance et l'amitié.

 

 

Quiconque n'a jamais vu une mêlée fumante s'imbriquer au coeur de l'hiver, quiconque n'a jamais assisté à la danse fulgurante du ballon de mains en mains jusqu'à l'essai ne peut pas comprendre, ne peut pas savoir.

Mais il n'est pas trop tard, venez au stadium, venez frémir, venez humer le parfum, venez vous sentir vivant.