Au fil des images
Thèmes

aimer pensée pouvoir centerblog vie merci moi monde homme bonne roman chez enfants femme histoire divers heureux musique nature nuit femmes animal jeux animaux soi film livre littérature lecture

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· Petites critiques littéraires (304)
· Les chansons sont aussi de l'écriture (13)
· INTERVIEWS D'AUTEURS ET ECRIVAINS (6)
· Peintures et mots enlacés (30)
· Classiques contemporains (16)
· Récit de dédicaces (17)
· Humeur d'auteur (15)
· Coups de coeur (8)
· Les mots du cinéma (13)
· Coups de sang ! (4)

Rechercher
Derniers commentaires

merci pour ton superbe commentaire sur cette chanson des plus marquantes de dire straits. comme toi, sans comp
Par Anonyme, le 01.10.2025

l’interprét ation de joan baez arrive encore à magnifier cette magnifique chanson
Par Anonyme, le 18.06.2025

merci pour cette analyse tellement juste de notre génie poète. ce fût un plaisir de vous lire
Par Anonyme, le 06.06.2025

merci pour cette traduction. j'écoute très souvent cette chanson riche de ce message qui exprime la bêtise h
Par Anonyme, le 24.05.2025

je pense et même je le souhaite au plus profond de moi, qu'un jour une école de france pays initiateur des dro
Par Anonyme, le 02.10.2024

Voir plus

Abonnement au blog
Recevez les actualités de mon blog gratuitement :

Je comprends qu’en m’abonnant, je choisis explicitement de recevoir la newsletter du blog "sebastienvidal" et que je peux facilement et à tout moment me désinscrire.


Articles les plus lus

· Brothers in arms (Dire Straits)
· Mistral gagnant
· L'homme aux cercles bleus, de Fred Vargas
· Entretien avec Claude Michelet
· INSURRECTION, les maîtres d'Ecosse

· Légendes d'automne de Jim Harrison
· Des roses et des orties de Francis Cabrel
· Pierre Bachelet
· Il est libre Max de Hervé Cristiani
· Récit de dédicaces
· L'alchimiste
· Pensées pour nos Poilus
· La ligne verte, de Stephen King
· L'équipage, de Joseph Kessel
· "Les enfants des justes" de Christian Signol

Voir plus 

Statistiques

Date de création : 08.07.2011
Dernière mise à jour : 24.11.2025
446 articles


pèle mèle

Entretien avec Anthony Signol

Entretien avec Anthony Signol

La nuit s'est effondrée sur Brive et ses environs. C'est non loin du stadium des rugbymen brivistes qu'Anthony Signol me retrouve. Une pluie fine dégringole du ciel comme vaporisée par des nuages trop pleins. Son regard est franc et rassurant. Sa poignée de main (qui en dit long sur le caractère d'un homme) s'avère enveloppante et directe. L'homme ne craint pas la bruine et nous restons un peu dessous et échangeons quelques mots.

 

Nous voilà sur la route en direction de son domicile. Très vite nous laissons le flot des véhicules qui quittent la zone du stadium (Il y avait un match ce soir, Brive recevait Bayonne et les valeureux zèbres ont gagné) et nous nous enfonçons dans la campagne corrézienne. Nous traversons les villages et enfilons les virages comme des perles sur un collier, bientôt il n'y a plus rien que la nature immense et silencieuse. Dans les doigts tremblants des phares, les arbres déformés et tordus défilent autour de nous.

 

Nous avons la sensation d'être happés par la forêt qui semblent se pencher sur nous et puis disparaît dans le néant, avalée par l'obscurité. Très vite la route monte. Je m'attends à chaque instant à voir surgir de la nuit un animal dont les yeux brilleraient dans la lumière de nos propres yeux électriques. Ou encore mieux (ou pire), je suis certain qu'une femme étique et vêtue d'une robe blanche va apparaître dans un halo surnaturel sur le bord de la chaussée ...

 

Mais non, la route se déroule et les arbres prennent une apparence torturée, certains tiennent une posture particulière, comme brutalement figés alors qu'ils se déplaçaient, vitrifiés pour l'éternité. Ils constituent une haie d'honneur enchevêtrée et mystérieuse, je me demande s'ils nous maudissent ou nous chérissent. La route s'élève encore et s'entête à tournicoter puis, d'un coup, comme un panneau original une poubelle plantée en bordure nous signale que l'arrivée nous tend les bras. Une petite descente sur un chemin de terre et nous atterrissons dans une cour en gravier. Le matériau crisse de cette manière si particulière sous les pneus, un son que j'adore. Le tableau qui s'offre à moi vaut le coup d'œil.

 

Une grange, un grand mur de grosses pierres attaqué par la mousse, une balançoire accrochée à un arbre adulte, une maison de caractère avec une cheminée fumante et l'infini partout autour.

L'auteur de "L'aube des fous" et de "Miserabilis" vit bien caché dans cette partie de la Corrèze qui hésite à choisir entre le nord et le sud. Si proche de la ville et si loin de tout. Même dans cette nuit profonde et humide, entre terre ferme odorante et ciel bas moutonneux, je ressens la puissance de l'endroit. La sérénité galope partout, le calme est le shérif des lieux, la nature règne et les hommes sont tolérés pour peu qu'ils soient capables de respecter quelques règles élémentaires.

Nous entrons dans la demeure de celui qui défriche une voie nouvelle dans la littérature limousine et au-delà. La porte ouvre sa bouche sur une immense pièce qui donne envie d'y rester. Un gros poêle s'active comme une locomotive, un gigantesque canapé nous tend les bras et une sublime et large fenêtre nous plonge dans l'obscurité qui dévore pour quelques heures la prairie et les bois. Je caresse Mushu, le chat qui semble doté de pouvoirs magiques. Il tient un emplacement stratégique sur un siège près du feu. Les yeux mi-clos, il m'autorise par son langage corporel à pénétrer son univers.

Un morceau de quatre-quarts et un café plus tard l'entretien débute :

 

 

-Qu'est-ce qui fait qu'un jour, on prend une feuille de papier, on écrit un titre et puis on couche des mots sur ce même papier ?

Anthony Signol : Ce qui fait ça, c'est qu'un jour j'ai eu la chance de me voir remettre un livre d'un monsieur qui s'appelle Stephen King et que je ne connais absolument pas à l'époque, j'ai quinze ans. C'est ma sœur ainée, qui en a marre de me voir lire des BD, qui me l'offre en me disant "lis autre chose tu iras plus loin". Il s'avère que ce livre, c'est "Simetierre", qui est resté comme le deuxième plus grand livre que j'ai jamais lu, et je suis tombé complètement amoureux. J'en ai lu beaucoup d'autres, du grand maître (Stephen King), j'étais assez sectaire car je voulais rester dans la qualité.

 En écoutant parler autour de moi j'ai très vite compris que ce n'était pas pour rien qu'on l'appelait le maitre de l'horreur et que à priori, le reste était moins bien. Alors je suis resté avec King et j'en ai lu trente en trois ans, de quinze à dix-huit ans. Ce qui m'a donné envie d'écrire, c'est qu’en lisant certains de ces romans, il m'arrivait de me dire très humblement "Tiens, j'aurais pas fini comme ça" alors que les fins du maître étaient pourtant toujours dantesques et grandioses. Mais ma petite personnalité et cette petite voix me disaient "J'aurais bien vu la fin comme ça", ou "j'aurais bien fait ça à ce moment là".

 Et c'est ça qui m'a donné envie d'écrire. J'ai un peu fait du copier/coller dans le style du grand maître, manquant de personnalité à l’époque. J‘ai commencé à faire ça et j'ai pu mettre mes propres fins. J'ai griffonné des petites choses assez tôt, vers dix-sept ans environ.

 

-Donc avec Simetierre c'est le choc, tu te rends compte qu'on peut faire "ça" aussi avec un livre ?

Oui, je me rends compte qu'on peut prendre une gifle, qu'on peut vibrer, qu'on peut avoir peur, la peur c'est l'émotion la plus sempiternelle la plus viscérale qui soit, la plus ancienne, et ça m'a tout de suite plu. Le pouvoir des mots m'est apparu à quinze ans, pas grâce à un prof, grâce à ma sœur, voilà ! Enfin... surtout grâce à Stephen King !

 

-Quelles sont tes influences littéraires ?

Forcément j'y ai un peu répondu dans la première question. Je suis assez rapidement passé à Dean Koontz et à Mary Higgins Clark. Le premier n'a jamais été controversé, la deuxième l'a été plus, on l'a... (long silence ému) on l'a injustement qualifiée de romancière de la peur de supermarché, une dame de seconde zone dans l'horreur.

 Je pense qu'il y avait pas mal de sexisme là-dedans et pourtant elle fait partie de ceux qui avec le grand maître a vendu le plus dans le monde. Je trouve que ses premiers romans étaient des chefs-d’œuvre. La fin de chaque chapitre amenaità l'envie de découvrir le suivant et ses fins, au suspens haletant, me plaisaient énormément. Ces trois grands, Clark, King et Koontz m'ont considérablement influencé. Ca c'est du point de vue littéraire, après j'ai une grande influence cinématographique, j'ai dévoré... (je le coupe dans son élan)

 

 

-On y viendra, on y viendra... Quand on ne vit pas encore de sa plume, comment organise-t-on ses journées pour écrire ?

Difficilement. Il faut pouvoir concilier... Je vais les mettre par ordre de priorité : La vie de famille, la vie de couple, même si ça se rejoint, l'écriture et enfin le boulot. Je les ai mis par ordre de priorité (il se marre) et c'est pas facile. J'ai deux professions, le fait d'être sapeur-pompier professionnel en Haute-Vienne et désinsectiseur en Corrèze me prend pas mal de temps et il m'arrive aux beaux jours de faire des semaines de plus de soixante heures. Donc j'écris la nuit, le week-end quand j'ai quelques heures. Il me tarde un jour, je touche du bois (il effleure la table basse) de vivre de ça pour avoir beaucoup plus de temps et pouvoir faire les choses moins dans l'urgence.

 

-Il te faut des conditions particulières pour écrire ou juste du temps ?

Du silence ! J'ai un profond respect pour les gens qui arrivent à écrire dans le bruit, dans un bar ou avec de la musique dans les oreilles, moi je n'y arrive pas. Il me faut vraiment du silence, il faut que je sois très concentré, je pense que je ne suis pas un bon gratte-papier pour ça, je ne parviens pas à faire la part des choses avec le monde qui m'entoure, il faut que je sois dans mon histoire. Elle et moi, point barre.

 

-Dans son fabuleux livre "Ecriture, mémoires d'un métier" Stephen King explique qu'il part souvent d'une situation pour débuter un roman ou une nouvelle. Et toi ?

Effectivement je pioche mes idées dans un fait divers ou un truc qu'on va me raconter. Après je pars un peu en vrille, je vais plus loin, je rajoute des trucs. Souvent j'entends une phrase, une info, je m'arrête et je me dis "Il faut que j'en fasse quelque-chose". Ca peut être quelque-chose que j'ai lu, entendu, une petite anecdote, j'aime bien partir de ça.

 

-Quel est pour toi l'élément essentiel qui donne sa crédibilité à une histoire ?

On dit souvent de mes histoires, quand elles plaisent, qu'elles plaisent parce qu’elles pourraient arriver à chacun d'entre nous. Mes personnages sont tout ce qu'il y a de plus banal. Peu de mes protagonistes sont des agents secrets, des super-héros ou des tueurs en série, c'est vraiment des gens normaux. Je pense que c'est pour ça que ça plait pas mal, les gens peuvent s'identifier complètement aux personnages. Je prends aussi soin de choisir aussi bien des femmes que des hommes, voir même peut-être plus des femmes que des hommes... question de sensibilité ! Je pense que la crédibilité vient du statut du personnage, de sa normalité. Bien sûr, le style est aussi très important.

 

-Dans tes deux recueils de nouvelles, la peur, l'effrayant et le fantastique se succèdent. Ces genres semblent aller très bien ensemble, qu'en dis-tu ?

Oui bizarrement. Bizarrement le trio fonctionne même si je ne suis pas le premier à le faire bien sûr, mais là aussi j'essaie de satisfaire tous les lecteurs et de faire quelque-chose d'assez éclectique dans le sujet traité. Et si peux mettre une histoire plutôt fantastique suivie d'une histoire plutôt effrayante suivie d'une histoire plutôt basée sur nos peurs primales ou comportant un suspense psychologique, je le fais avec plaisir. Je pense qu'il en faut pour tous les goûts.

Et c'est peut-être aussi pour ça que les gens aiment mes bouquins, parce qu'ils trouvent au moins une histoire qui leur parle. C'est peut-être un peu tricher (il se marre à nouveau), mais j'aime bien que le livre ne soit pas catalogué dans un genre précis. Ca peut aussi être un reproche, d'être inclassable, de ne pas entrer dans un tiroir. J'ai parfois du mal à définir ce que je fais, est-ce que c'est du suspense, du thriller, du fantastique… ? Voilà, c'est un peu tout cela.

 

-Est-ce qu'on aborde différemment l'écriture d'un sujet fantastique et celle d'une histoire terrifiante ?

Complètement. Il est plus facile pour moi, à mon petit niveau, de traiter du fantastique car il ouvre des portes plus larges avec beaucoup de facilités dans le débordement de l'imaginaire, dans la folie créative. Si j'ai envie de mettre un poulpe géant dans une ville je le fais. Ce que je ne peux pas faire dans l'effrayant. Dans l'effrayant il faut que ça touche vraiment le lecteur par la crédibilité de la chose. Il faut qu'on ait peur mais de quelque-chose de fondamentalement humain, de viscéral, qui reste cantonné dans le plausible. Et là, à mon sens, c'est beaucoup plus dur à faire.

Mais là où je suis heureux c'est que par exemple, dans "L'aube des fous", après un petit sondage que j'avais fait auprès des internautes qui avaient été nombreux à jouer le jeu, il s’est avéré que la nouvelle qui a marché le mieux sur les cinq était "Rendez-vous nocturne" qui arrivait juste avant "Zone 7". Donc la peur arrivait avant le fantastique. Je suis heureux d'avoir réussi ce petit pari d’avoir satisfait le lecteur sur la nouvelle la plus basée sur la peur, car c'était la seule avec "Huitième étage" qui portait l'ambition de foutre la trouille, viscéralement.

 

-Dans "L'aube des fous" et "Miserabilis" j'ai trouvé des références cinématographiques. Est-ce une volonté ou une chose naturelle ?

Les deux mon capitaine ! Chose naturelle parce que je suis énormément influencé également, (tout à l'heure j'ai parlé de littérature) par le cinéma horrifique des années 80 et 90. Je suis un inconditionnel de ces films, j'en ai dévoré beaucoup. C'est principalement ça qui m'aide car une chose qu'on me dit souvent, c'est qu'on arrive à visualiser mes nouvelles comme des films. Il arrive que l’on me dise qu'on entend les bruits de pas, qu'on sent les odeurs, qu'on y est, que l'ambiance est installée, qu'on entre vraiment dans l'histoire comme dans un film. C'est quelque-chose qui me touche énormément parce que je construis mes histoires comme des scénarii. Quand je change de scène, je vois le changement de caméra, le nouveau plan…

 

-Dans "Miserabilis" les personnages principaux pourraient être nos voisins ou de notre famille. Est-ce que le personnage ordinaire aide à rendre l'histoire extraordinaire ?

Comme je le disais tout à l'heure, le fait que ça puisse être nous rend la chose crédible. Je m'applique à avoir des protagonistes comme le commun des mortels.

 

-Dans la 1ère nouvelle de Miserabilis, "Rédemption", Jack le personnage central se voit proposer la rédemption. Mais sa quête est exclusivement autocentrée et il est enclin à entendre ce qui lui plait. Est-ce une caractéristique commune aux hommes ?

Hum, très bonne question !

Merci ! (rires communs et communicatifs)

Si l'égo n'existait pas, l'humanité serait aboutie de manière exemplaire. L'égo c'est notre leitmotiv, c'est notre force, notre locomotive mais c'est aussi la pire chose qui soit je pense. Parce que selon comment nous traitons notre propre égo nous pouvons devenir la pire des personnes comme la meilleure. Il faut arriver à comprendre dans une vie que plus on donne et plus on satisfait notre propre égo, mais l’homme a du mal avec ça… Je crois en l'humanité mais j'ai du mal à croire en l'homme.

L'égocentrisme maltraite chacun d’entre nous. L'égo c'est le danger, c'est le vase de Soissons, le côté obscur. La manière que nous avons de l’aborder, de par notre vécu, notre passé, notre éducation, fait qu'on le flatte ou bien qu’on le rabaisse. C'est effectivement une chose trop commune aux hommes. Il y a ceux, peu nombreux, qui sont prêts à le sacrifier pour parvenir à une bonification de l’âme, et il y a les autres, trop aveugles pour trouver cette force.

 

-Le final très étonnant de "Rédemption" s'avère extrêmement subit et douloureux pour le lecteur. Cette fin s'est-elle imposée dès le début ?

Oui. En général j'essaie d'avoir mes fins quand je commence une histoire. Les rares fois ou je ne l'ai pas fait, ça a moins bien fonctionné. Pour "Rédemption", je suis allé jusqu'au bout dans le mélo. Jack souffre, tout comme Simon d’ailleurs, que j’ai voulu « différent ». C'est un personnage dont on me dit qu'il est émouvant, beaucoup de personnes se sont attachées à ce brave garçon...

 

Tu as lu mes questions ou quoi ?!

(encore des rires, les entretiens sont plus sympas avec des rires !)

Je ne sais pas faire de "happy end". Je suis allé au bout du truc en réalisant une fin ignoble, mais oui c'était voulu.

 

-Oui on se dit « c'est pas possible, il ne peut pas faire ça ! » C'est une vraie douleur pour le lecteur.

Et j'en suis ravi ! Effectivement dans « Rédemption » il y a quand-même une forme de justice même si la pauvre petite n'y est pour rien. Quand on joue avec le feu on se brûle, même si quand Jack se brûle on a moins de compassion pour lui parce que c'est un mauvais garçon. Mais j'ai aussi reproduit le schéma avec des gens très bien. Ca finit mal, c'était complètement voulu.

 

-Dans la seconde nouvelle "Galica", nous nous trouvons sur une base scientifique dans l'Antarctique. Le climat hostile est très bien représenté alors que tout se déroule en intérieur. Les références au cinéma sont nombreuses et efficaces. Est-ce le hasard ou est-ce prémédité ? (Je t'avais dit qu'on y viendrait !)

Ce n'est pas prémédité dans le sens ou je pense que c'est inconscient. Je reviens sur ce que j'ai dit tout à l'heure dans le sens ou je construis mes histoires comme des films. Donc je pense que ce sont des influences inconscientes. Ce qui me fait dire ça c'est que pour "Eternité" on me parle sans arrêt du film "The thing" de John Carpenter alors que c'est un film que je n'ai jamais vu.

Je disais très récemment à ma femme « il faut vraiment que l'on voit ce film parce que tout le monde m'en parle et qu'apparemment, il y a une filiation avec Galica ». Bien sûr après, on peut y voir tout ce qu'on veut, du "Alien" avec ce côte enfermé du danger, mais je pense que pour le coup c'était plutôt involontaire.

 

-"Galica" réveille des peurs ancestrales et toujours d'actualité. Elle montre avec une acuité froide les comportements humains devant la survie. C'est un terrain de jeu infini et terriblement jouissif non ?

C'est terriblement jouissif pour un auteur qui comme je le disais tout à l'heure ne croit pas en l'homme, qui croit plus en l'humanité. C'est dans le temps et dans le nombre que l'humanité est foncièrement bonne, mais pas à l'échelle humaine. J'ai voulu souligner dans cette histoire le côté hyper égoïste, individualiste, face au danger. Je repense à cette histoire d'incendie dans une boite de nuit, je crois que c'était en Suède, j'ai encore en tête les témoignages de gens qui avaient survécu et qui décrivaient la manière dont ça c'était déroulé à l'intérieur, on revient à l'Antiquité, aux jeux à Rome, c'était vraiment du chacun pour soi.

 Ce qui m'intéresse c'est ça, quand le danger est immédiat, là il n'y a plus de héros. Les héros c'est dans les films. Il y en a eu dans l'histoire, mais très peu, c'est pour cela que j'ai du mal à croire dans l'homme car l'homme est un animal et ses pulsions animales resurgissent dans ces moments-là.

 

-La 3ème nouvelle de Miserabilis, "Eternité", met en scène un personnage différent qui devient tout de suite très attachant et sympathique au lecteur. Cela vient-il du fait que tu te sois installé dans sa tête et nous montre comment il fonctionne ou bien est-ce parce qu'il nous rappelle un grand personnage d'un très grand film ?

Je pense qu'il y a des deux parce que Forrest Gump revient beaucoup en comparaison c'est vrai. Et puis, qui ne s'est pas attaché à Forrest ? C'est pour ça que ce film est un chef d'œuvre. Je crois que la naïveté appartient aux animaux et aux enfants pour résumer. Qu'est-ce qui rapproche plus les hommes et les rend attendris ? Ce sont les enfants et les animaux. Et Simon est en fait un enfant. Donc il y a les deux, j'ai effectivement écrit ce personnage en pensant à Forrest Gump mais j'ai aussi essayé de me mettre complètement dans la peau du personnage de Simon le naïf. Si le monde n'était fait que de gens comme ça, ça serait juste fabuleux.

 

-Cette naïveté d'un enfant, on peut dire que c'est la conscience absolue ?

Complètement. Tant que sa maman et Valerian lui ont expliqué que c'était comme ça, et bien c'est comme ça. Simon ne se pose pas de question, il ne vit et ne fonctionne que par l'acquis, à partir de là, quand il n'y a plus de jugement personnel c'est triste, c'est simple, mais c'est beau.

 

-Ton écriture est littéraire et aussi très cinématographique. Cela rend les histoires très prenantes et visuelles. C'est ta manière naturelle de faire ou bien un postulat assumé destiné à accrocher le lecteur ?

Je pense que c'est vraiment ma manière naturelle de faire et j'irais même plus loin, je serais incapable de faire autrement. Quand j'écris je visualise très précisément les scènes, je me plais à imaginer que je suis un peu le réalisateur de l'histoire. Je me vois plus comme réalisateur que comme un auteur, je fonctionne comme ça.

 

 

-Dans "Miserabilis" comme dans "L'aube des fous", tes personnages se mettent souvent en difficulté à la suite d'une mauvaise action ou d'une mauvaise décision. Est-ce parce que tu crois que nous portons tous en nous une part d'ombre ?

Je crois effectivement qu'il y a ça dans chacun d'entre nous. La plupart du temps, les conventions sociales ne nous autorisent pas à être le "Mister Hyde". Mais quand un évènement dramatique survient je pense qu'on ne contrôle plus rien. C'est cela qui est fascinant dans la peur, elle permet tous les excès. Des "Mister Hyde" il y en a peu mais ils fascinent complètement. Les êtres humains ne sont jamais autant fascinés que par les faits divers affreux et terribles, c'est la nature humaine.

 

-Comme chez Stephen King, la rédemption est un sujet fort chez toi. Atavisme ou conviction ?

Conviction. Je pense qu'on a tous droit à la rédemption et qu'on la cherche même si on n'en a pas conscience. Un jour ou l'autre on se rend compte qu'une rédemption est nécessaire, à différents niveaux bien sûr, il y en a qui ont besoin d'une rédemption révolutionnaire, de grande ampleur, et d'autres qui ont besoin d'une petite rédemption. Mais ce qui est sûr, c'est qu'on en a tous besoin et malheureusement peu y parviennent.

 

-Est-ce qu'en parlant de tes nouvelles, Forrest Gump dirait : Les livres d'Anthony Signol sont comme une boite de chocolats, on ne sait jamais ce qu'on va trouver à l'intérieur"? (Décidément, encore des rires ! Qu'est-ce qu'on s'amuse en interview !!!)

Cette citation est restée dans les annales et oui, je pense que ça pourrait assez bien résumer la chose. L'éclectisme de mes histoires pourrait faire penser à une boite de chocolats… J'espère que les gens ne sauront pas sur quoi tomber en ouvrant mon livre !

 

 

 

 



Commentaires (1)

christianlaine le 04/01/2015
Excellente interview. Pour obtenir d'excellentes réponses, il faut savoir poser d'excellentes questions. Tu as un potentiel de chroniqueur Seb (j'ai bien écrit chroniqueur)
http://christianlaine.centerblog.net


Ecrire un commentaire